Le temps de la soirée du 26 novembre 2025, dans la salle René Coty du Palais du Luxembourg à Paris, la mémoire d’un homme a rencontré la célébration du travail de recherche.

Pour la troisième année consécutive, les prix ont été l’occasion de rendre un hommage émouvant à Marcel Wormser, le fondateur de l’association ASTRES. Deux chercheurs ont été honorés à cette occasion pour leurs travaux en lien avec la recherche de provenance.
Sous l’autorité du Sénateur Bernard Fialaire, en la présence de la famille Wormser, la présidente d’ASTRES, Maître Corinne Hershkovitch, a présenté l’objet de la soirée : remettre le grand prix et le prix spécial. Mais là ne résident pas les seules activités de l’association comme elle l’a rappelé : ASTRES vise également à soutenir la formation aux recherches de provenance, ce qui s’est d’ores et déjà révélé concluant avec le Diplôme universitaire de l’Université Paris Nanterre créé en 2022 et le Master de l’École du Louvre fondé en 2023. ASTRES apporte également son aide précieuse pour l’organisation de différentes journées d’étude sur les recherches de provenance. Et la soirée du 26 novembre 2025 a été l’occasion d’annoncer la parution d’une revue : les Carnets de provenance, dont des exemplaires ont pu être consultés. L’ensemble de ces actions illustre l’émulation autour de la problématique des provenances qui inspire tant des professionnels du monde de l’art que du droit, tant la recherche libérale que la recherche universitaire, tant les acteurs privés que publics, tant le passé que le présent et l’avenir.

Remise des prix Marcel Wormser 2025 (© Soizic Le Cornec)

Cet intérêt est apparu au travers des prix décernés par un jury paritaire et composé d’universitaires et de professionnels divers. Les deux prix ont été attribués :

  • Pour le prix spécial, à Madame Klaudia Podsiadlo, « Images confisquées : la recherche de provenance au service du patrimoine cinématographique spolié » ;
  • Pour le grand prix, à Monsieur Joël Zouna, « Les États-Unis dans les circulations des collections coloniales : Les objets camerounais du Field Museum de Chicago au XXe siècle ».

Klaudia Podsiadlo, diplômée en 2024 du Diplôme universitaire de Nanterre sur les recherches de provenance, s’est intéressée à une catégorie spécifique d’objets spoliés entre 1933 et 1945 : les films –et aussi les bobines et les caméras. Il n’existait jusque-là aucune étude scientifique sur ces biens particuliers, en dépit des définitions larges des objets concernés par les spoliations issues de la Conférence de Washington sur les œuvres d’art volées par les nazis de 1998 et de la CIVS.
C’est en 2019 que Klaudia Podsiadlo a découvert un film des artistes polonais de l’avant-garde, qui était jusque-là considéré comme disparu et qui a été retrouvé en Allemagne. Les premières recherches conduites se sont caractérisées par le flou des archives et l’incompréhension des spécialistes. Ce n’est qu’au prix de longues recherches que le parcours de ce film a été éclairé, et que la chercheuse a révélé l’ampleur de la spoliation : plusieurs milliers de films concernés. À ce jour, ce sont encore 300 dossiers qui n’ont pas été étudiés.
En février prochain, cette question du cinéma et des films spoliés sera l’objet d’un colloque de trois jours à la salle du jeu de Paume et à l’INHA. Le prix spécial félicite donc le travail accompli par Klaudia Podsiadlo et annonce la poursuite des recherches sur ce domaine original et passionnant.

Klaudia Podsiadlo et Madame Wormser (© Guilhem Monédiaire)
Joël Zouna (© Soizic Le Cornec)

Joël Zouna, diplômé de l’École normale supérieure –PSL, de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme de Lomé (Togo), a été primé pour son travail sur la circulation des objets camerounais conservés au Field Museum d’histoire naturelle de Chicago. Ce travail innovant étudie le rôle des États-Unis comme plaque tournante des déplacements de biens culturels appropriés en contexte colonial, bien que les États-Unis d’Amérique n’aient jamais conduit de politique coloniale d’occupation.
La recherche de Joël Zouna exige de revenir un siècle en arrière en 1925 quand des objets camerounais sont acquis par le Field Museum auprès d’une firme allemande spécialisée dans la vente d’ethnographica et de naturalia. Le transfert d’objets de 1925 met en relation divers acteurs, dont le musée, la firme, Umlauff et un marchand d’art de La Haye et New York spécialisé en art asiatique.
C’est donc là une approche originale des provenances d’objets issus de contextes coloniaux, cette recherche prenant comme repère deux lieux, relevant de deux continents : le Cameroun et Chicago. Et ce sont aussi trois temporalités qu’étudie Joël Zouna : d’abord, l’après-guerre des années 1920 avec un vaste réseau d’acteurs ; ensuite, les années 1970-1980 après les décolonisations, qui se traduit par un véritable attrait américain pour l’art africain avec de nombreuses expositions sur les artefacts camerounais et la création du Museum of primitive art de New York ; enfin, la période contemporaine qui conduit à interroger la réappropriation après un siècle et qui invite à se demander si un lien peut être rétabli entre Chicago et le Cameroun.
Là encore, le grand prix annonce de futures recherches, Joël Zouna étant désormais doctorant en Histoire des arts sous la direction conjointe de Charlotte Guichard (ENS-PSL) et de Bénédicte Savoy (Université technique de Berlin).

La soirée du 26 novembre a donc illustré la richesse et la diversité des enjeux des recherches de provenance, un champ qui a encore beaucoup à apprendre d’objets, de lieux et de mémoires spécifiques parfois oubliées ou négligées.

Image à la une: Remise des prix Marcel Wormser 2025 (© Guilhem Monédiaire)

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